Course à pied

Avec le bonjour du Doc Geoffroy Boucard !

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Le docteur et chercheur en sciences du sport, le Français Geoffroy Boucard, vient de vivre une superbe expérience sportive et humaine en Belgique…

Geoffroy, quelles sont vos principales qualités en course à pied ?

Si je devais en choisir trois, je dirais la puissance, les facultés cardiorespiratoires, et la motivation intrinsèque.

La puissance fait référence à ma capacité à fournir un effort soutenu sur des terrains dont le dénivelé oscille fortement (côtes/descentes) et à impulser une vitesse élevée sur les sentiers plus ou moins irréguliers (16-17 km/h). Les 20 ans de football en avant-centre y sont certainement pour quelque chose, puisqu’elles m’ont permis de développer des groupes musculaires importants tels que le quadriceps, mais aussi les adducteurs et les fessiers accessoirement. Ensuite, je travaille cette qualité avec le cross-country l’hiver, une discipline que j’adore pratiquer, puisqu’elle permet d’allier efforts cardiaque, musculaire et mental. Mon père pratiquait cette discipline dans les championnats nationaux à l’armée, dans laquelle il excellait.

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Les facultés cardiorespiratoires qui font référence à mon patrimoine génétique, à mon passé sportif, et à l’entraînement que je m’applique. De base, sans entraînement, mon cœur bat lentement (50 batt/min), et bien entraîné, il est à 35 battements/minute. A l’effort, durant les compétitions, j’ai parfois l’impression d’être moins gêné que mes concurrents au niveau du souffle. J’explique cela par le fait que mon rythme cardiaque est par défaut assez lent au repos, ce qui me laisse plus de réserve pour l’effort à produire, d’une part, et par le fait que je m’entraîne une fois par semaine à la natation, ce qui a tendance à améliorer ma respiration durant l’effort, d’autre part.

La motivation intrinsèque qui est liée à mes ressources mentales. J’ai développé cette qualité grâce à ma formation de docteur en sciences du sport, spécialisée en en psychologie du sport et de l’exercice, et je suis actuellement enseignant-chercheur dans ce domaine scientifique. Pour moi, les ressources motivationnelles constituent un facteur majeur de performance pour l’athlète, pas assez investies, car peut-être mal comprises. Je parle spécifiquement du climat motivationnel dans lequel j’évolue dans mes entraînements et compétitions. En tant que coureur intrinsèquement motivé,  je cherche le plaisir, le dépassement de soi, attentif à mes sensations pendant la course, et je décide de faire de moi-même mon meilleur adversaire. L’un des enjeux des programmes d’entraînement que j’élabore, pour moi-même ou pour les autres, vise à développer la motivation intrinsèque, en complément de la motivation extrinsèque qui se retrouve quasiment tout le temps chez le coureur lambda, puisque ce type de motivation est naturellement favorisé dans nos sociétés occidentales. On est extrinsèquement motivés lorsque l’on poursuit uniquement des buts de performance (ou des buts liés à l’ego) : on cherche à dépasser les autres, attirés seulement par la place au classement et orienté vers des tâches normatives, dont la réussite peut être quantifiée dans ce que l’on a atteint par rapport aux autres (et non par rapport à soi-même dans le temps). On n’est pas l’un soit l’autre, il y a un continuum entre ces deux types de motivation. Un champion dans une discipline donnée s’inscrit généralement dans les deux types de motivation, mais sera toujours au moins intrinsèquement motivé. Mais il est bien évident qu’un athlète qui est uniquement porté sur une motivation extrinsèque aura tendance à vivre plus difficilement l’échec, et à aller parfois vers l’abandon.

Ainsi, je cultive l’art de la motivation intrinsèque, dans mes entraînements,  et pour cela je me place et place les autres dans un climat motivationnel de maîtrise de la tâche, et non dans un climat de compétition par rapport aux autres. Ceci m’amène à me concentrer le plus possible sur mes sensations pendant une compétition, et à inhiber les informations liées à mon classement dans la course, à la distance qui me sépare des autres. Ceci est une force mentale, qui me permet de gérer les réserves du muscle du cerveau, « l’effort mental », tout au long d’une épreuve donnée.

J’en fait de même avec la vingtaine de personnes que j’entraîne (coureurs de niveau très variables, avec des VMA allant de 10 à 21 km/h). Dans une séance type, pour mettre l’athlète en situation de réussite (y compris moi-même), je programme des tâches (exercices de fractionnés) dont le niveau de difficulté peut être ajusté pendant sa réalisation. Concrètement, ceci signifie que je prévois une séance normale, avec une possibilité de simplification et une possibilité de complexification, selon l’état de forme du jour de l’athlète (moi y compris). Ainsi, je me retrouverai en situation de réussite, quoi qu’il arrive et cela me procure satisfaction, bien-être et feedback positif. Personnellement, j’opte souvent pour la complexification, ce qui me permet de gagner d’autant plus confiance en moi. Ainsi, dans ma méthodologie d’entraînement, j’ai l’habitude de donner des situations de simplification ou de complexification aux personnes que j’entraîne. Je peux ainsi simplifier ou complexifier le niveau d’une tâche donnée sur le nombre de fractions, de séries, de temps de récupération, ou d’intensité. Le coureur peut choisir pendant la séance, vers quoi il s’oriente, même si bien souvent ils optent pour la tâche de difficulté modérée (cad la tâche sans simplification ou complexification). Ceci l’incite à être autonome et à gagner en responsabilités sur le long terme, plutôt que d’être un coureur qui serait plus ou moins dépendant de son entraîneur.

Pour atteindre la réussite au long terme, je m’appuie sur le modèle TARGET (Tâches, Autorités, Reconnaissance, Groupements, Evaluation, Temps). Les tâches sont individualisées et variées, pour éviter les routines, surprendre l’organisme at améliorer ses capacités d’adaptation. C’est pourquoi je varie tant que possible les situations, ne jurant pas que par la piste par exemple. L’autorité que je mets en place vise à impliquer la participation du pratiquant aux décisions et à la définition de ses objectifs. Je donne de la reconnaissance aux pratiquants pour valorise leurs qualités personnelles et leurs progrès. J’encourage les personnes, y compris moi-même à courir avec différents groupes de personnes ou parfois seuls, à être interdépendants, plutôt que d’être dépendants d’un seul type de personnes. L’évaluation est individualisée : pour cela, je mesure la VMA à chaque début de programme, et je paramètre tous les fractionnés sur piste et sorties en endurance sur base de cette VMA. Enfin, j’accorde du temps aux pratiquants et à moi-même. Il faut parfois du temps pour qu’un athlète passe un palier et il faut être patient, ne pas mettre la pression.

Et vos meilleures performances ?

En termes purement chronométriques, mes meilleures performances sont le 10 kms d’Angoulême 2015, avec un chrono de 32’22’’ et le semi-marathon de Marennes 2014 (seul semi que j’ai déjà réalisé), avec un chrono de 1h11 et 33s, qui m’a permis d’obtenir le titre de champion officieux de semi-marathon en Charente-Maritime (NDLR : officieux puisque non inscrit à la FFA à ce moment-là).

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En termes « dépassement de soi », je dirais bien évidemment ma qualification aux championnats de France de Country 2015 en février-mars. Pour cela, j’ai passé 3 tours de qualification, qui m’ont permis d’être vice-champion de Charente-Maritime de cross et 5ème en la région Poitou-Charentes. J’ai finalement arraché de justesse une place pour la finale aux Mureaux (78) lors de la demi-finale à la Chapelle sur Erdre. Cette qualification, c’est une fierté par rapport à mon père, handicapé, atteint de deux cancers, et en fin de vie. C’est un battant, qui n’a jamais rien lâché depuis 10 ans, et qui m’inspire dans le mental en course à pied. De plus, il est fan de cross-country, il en faisait plus jeune en militaire et était parmi les meilleurs.

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En termes de joggings, sans aucun doute ma 3ème place au jogging de la Huy Night Run en 2014. En 2015, c’est ma 2ème place sur le Ohm trail 23 kms 1000m D+, juste derrière Julien Charlier, et devant Jean-François Charlier, sans préparation spécifique trail. Je fais une superbe fin de course, puisque j’étais 3ème à 8 kms de la fin, et que je double JF Charlier, et je rattrape Julien Charlier qui avait une bonne avance… Un déclic mental sur ce trail (même si je perds la course au sprint), puisque j’enchaîne ensuite 8 victoires successives (7 joggings et un trail) cet été, de juin à septembre. Cette série de succès s’est terminé sur la victoire du 33 kms au trail des Boitheux puisque j’ai ensuite été stoppé par ma deuxième place à Anthisnes le week-end dernier face à benoît Pâques !

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Avez-vous pratiqué un autre sport auparavant ?

J’ai fait 20 ans de foot (au poste d’avant-centre ou d’ailier, en rôle de buteur et passeur), dont trois années en régionale aquitaine (PH). J’ai également fait plusieurs années de natation entre 10 et 14 ans, en club l’été, avec plusieurs premières places dans ma spécialité « brasse » et quelques podiums en crawl. J’ai stoppé la pratique du football n 2010, et je me suis mis à pratiquer le running 3 fois par semaine (10 km), pendant 3 ans jusqu’en 2013, dans un but d’entretien de la santé, mais aussi avec le plaisir d’améliorer mon chrono sous les 40′ au 10. En avril 2013, je faisais ma première compétition, après un entraînement sérieux sur la qualité. Et c’est avec plaisir que je pratique la course en compétition depuis presque 2 ans. La réorientation en athlétisme? Lorsque je faisais du foot, je me suis rendu compte que j’adorais plus que tout courir ; on m’appelait « 3 poumons ». Si j’étais désigné remplaçant, je me suis aperçu que j’étais surtout déçu par le fait de ne pas courir, plutôt que le fait de ne pas toucher la balle…

Que faites-vous dans la vie professionnelle ?

Je suis docteur et chercheur en sciences du sport, dans une thématique à l’intersection de la physiologie de l’exercice, des neurosciences, et de la psychologie cognitive. J’investigue les effets immédiats ou chroniques de l’activité physique aérobie (endurance) sur les capacités cognitives (mémoire, attention) et la plasticité du cerveau (volume du tissu cérébral, débit sanguin cérébral). Les travaux de ma thèse, soutenus en 2012 à Poitiers, portaient sur les personnes âgées : les bénéfices de l’exercice physique régulier sont davantage mis en évidence dans cette population, du fait qu’elles sont davantage vulnérables aux effets de l’avancée en âge. L’exercice physique régulier agit comme un facteur compensateur et permet d’optimiser la morphologie et le fonctionnement du cerveau. J’ai rejoint Liège, pour dévolopper mes travaux dans une perspective clinique. Nos premiers travaux démontrent l’effet bénéfique de la dépense énergétique hebdomadaire (enregistrée par un accéléromètre pendant une semaine) sur les capacités attentionnelles chez des personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Ainsi, nous sommes dans la dynamique de montrer que l’exercice physique est un médicament, une bonne thérapie, pour améliorer l’autonomie des seniors touchées par les maladies neuro-dégénératives.

Que dire sur votre adaptation à la vie belge ?

Pour être honnête, je ne me suis jamais senti aussi bien intégré que maintenant. Cela fait deux ans que je suis là, mais j’ai l’impression de me sentir mieux ici qu’en France. Les wallons sont sympathiques, accueillants,  gentils, pas pressés par le temps.  Je pars dans un mois pour la France, puisque je viens de décrocher un poste de maître de conférences à l’université de Poitiers. C’est ce pourquoi j’avais quitté la France pendant 2 ans : enrichir mon cv par un post-doctorat à l’étranger, pour obtenir ce poste espéré depuis 10 ans. Mais je ne m’attendais pas à vivre une telle aventure en Belgique. J’ai un certain nombre d’amis auxquels je tiens vraiment. Et le monde du jogging est génial, il y a des joggings tous les week-ends, dans de superbes paysages, avec du dénivelé, le top !! Ce départ est donc certainement difficile… Mais je ne manquerai pas de revenir par le ryan air Bordeaux-Charleroi certains week-ends !!!

Qu’il a-t-il comme grosse différences entre le sport en Belgique ou en France par rapport aux structures et infrastructures ?

Je ne saurais trop vous répondre, car ce n’est pas cet élément qui à attirer mon attention a priori. Plutôt je peux vous parler si vous voulez de la différence sociale entre le monde de la course hors-stade français et le monde de la course hors-stade belge. Premièrement, les la fréquence, le nombre et les lieux des joggings. Si je prends l’exemple de mon département d’origine, la charente-maritime, on a en moyenne un jogging toutes les deux semaines. On a pas le choix, il n’y en a qu’un et il faut faire parfois 1h30 de route pour se rendre à ce jogging. En Belgique, c’est le choix à la carte, et tout près de chez vous, et tous les week-ends ! Deuxièmement, l’après-course. En France, pas de bar, de bières, d’endroit où tous les gens se réunissent pour partager un verre. On attend la remise des récompenses qui arrive rapidement. Et en général, les gens rentrent plus rapidement chez eux. En Belgique, c’est bien sûr le contraire. On a même des fiestas et des kermesses organiéss après les joggings les soirs d’été. Ultra motivant de pratiquer sa discipline préférée, puis de partager un verre en musique, avec cet état d’esprit de la 3ème mi-temps que j’ai connu au football. Enfin, la dernière différence concerne l’organisation des joggings. Ici, je suis surpris de voir que ce sont les écoles qui peuvent organiser les joggings. Par exemple, à Vyle-Tharoul, les enfants participent à la création de la vidéo de la bande annonce de la course. En France, ce sont généralement les clubs qui organisent.

Si vous avez des choses à ajouter ou des remerciements à formuler…

J’aimerais remercier tout d’abord ma famille, qui m’a transmis tant de valeurs humaines, de générosité, de détermination, de persévérance et d’abnégation que je peux ainsi appliquer dans perfectionner ma course à pied et celle des autres. Grand merci à mon père, qui me donne toute cette force dans toutes mes courses, me disant que ma douleur liée à l’effort, n’en est que dérisoire par rapport à ce qu’il vit. Je remercie Christophe Prévault, mon voisin de pallier, qui m’a poussé  pendant des mois, à me mettre à la compétition en course à pied ! Merci aux supers joggeurs de la région d’être ce qu’ils sont, dans leur humilité, leur esprit de partage, et leur sympathie, comme Geoffray Gillet, Benoit Pâques, Yoann Essabri, Thomas Van Hee, Thomas Genty, Delphine Thirifays, Anael Argento,… désolé pour ceux que j’oublie, il y en a plein ! Merci aussi à l’équipe de Seraing Athlétisme qui m’a accueilli chaleureusement, et en particulier à Fernand Schosse et à Raphael Heins, de très bons entraîneurs du club, ultra motivés. J’adresse  des remerciements à mon équipe française, Haute Saintonge Athlétisme, et en particulier à son coach Marie-Noelle Pothet, qui me prépare d’excellentes séances de fractionnés. Enfin, grand merci à MJ SPORT qui m’a soutenu dans mes  joggings et a contribué à mes réussites.

Avec le bonjour du Doc Geoffroy Boucard !
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